Vêtements, téléphones, fruits, pétrole… La plupart des objets qui nous entourent ont voyagé par la mer. Le transport maritime est le moteur du commerce mondial, mais il a un coût pour l’Océan : marées noires, pollution de l’air, bruit, espèces invasives, conteneurs perdus… Découvrez ses impacts et les moyens d’agir.
Dans ce cours
⏱ 20 min · Niveau intermédiaire
À la fin de ce cours, vous saurez :
- expliquer comment le transport maritime est devenu le pilier de la mondialisation ;
- citer au moins cinq impacts du transport maritime sur l’Océan ;
- proposer des gestes et des alternatives pour réduire ces impacts.
Une longue histoire
Les premières navigations, à la force des bras ou du vent, remontent à au moins 4 000 ans avant notre ère, bien avant l’Antiquité gréco-romaine.
Le transport maritime connaît un véritable essor au XVe siècle, avec les grandes expéditions espagnoles et portugaises :
- 1497-1498 : le Portugais Vasco de Gama ouvre la route des Indes par le cap de Bonne-Espérance, reliant l’Europe à l’Asie par la mer ;
- 1519-1522 : l’expédition lancée par Fernand de Magellan réalise le premier tour du monde. Magellan meurt en route, et c’est Juan Sebastián Elcano qui ramène le dernier navire en Espagne.
Aujourd’hui, loin des caravelles d’autrefois, des navires gigantesques sillonnent l’Océan. Ils transportent l’essentiel des marchandises mondiales… et ont un impact sur la faune, la flore marines et l’environnement dans son ensemble.
L’essor du transport maritime
1. Le pilier de la mondialisation
Au XXe siècle, la mondialisation des échanges a fortement accru l’activité maritime. Aujourd’hui, environ 80 % des marchandises échangées dans le monde (en volume) voyagent par bateau : énergie, matières premières, nourriture, vêtements, objets manufacturés…
Prenons l’exemple du pétrole : sa principale route part du golfe Persique (Arabie saoudite, Iran, Koweït, Irak) vers l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie (Japon, Corée du Sud, Chine). Chaque perturbation sur ces routes a des répercussions sur la géopolitique et sur le prix du pétrole.
2. Un commerce encadré par l’OMI
Le transport maritime international est encadré par l’Organisation maritime internationale (OMI), une agence des Nations unies qui rassemble 176 États. Elle adopte des règles internationales, appelées « conventions », et veille à leur application.
💡 Le saviez-vous ?
Certaines zones sont particulièrement encombrées : la Méditerranée concentrerait à elle seule près de 30 % du trafic maritime mondial. La mer Rouge, le Pacifique au large de l’Asie de l’Est et l’Atlantique Nord comptent aussi parmi les zones les plus fréquentées. Certains passages stratégiques sont surveillés de près : le canal de Suez, le canal de Panama et le détroit de Malacca.
3. Quand le réchauffement ouvre de nouvelles routes
Avec la fonte de la banquise arctique, de nouvelles routes s’ouvrent. En 2018, un armateur danois a fait passer pour la première fois un porte-conteneurs par le passage du Nord-Est, qui relie l’Europe à l’Asie en longeant la Sibérie.
Ces nouvelles voies font peser de nouveaux risques de pollution sur l’Arctique, un milieu très fragile. Elles attisent aussi les rivalités géopolitiques : la Russie y est omniprésente, et des pays plus lointains, comme la Chine, s’y intéressent pour leur commerce.
4. La révolution du conteneur
Dans les années 1950, le transporteur américain Malcom McLean, avec l’ingénieur Keith Tantlinger, met au point le conteneur moderne : une grande caisse en métal que l’on peut empiler, charger et décharger facilement. En 1956, le premier navire porte-conteneurs, l’Ideal-X, prend la mer. À la fin des années 1960, les dimensions du conteneur sont normalisées au niveau international : c’est le début d’un commerce mondial à très grande échelle.
5. Des navires toujours plus gigantesques

Avec la croissance des échanges, notamment depuis que la Chine est devenue le premier exportateur mondial en 2009, les navires n’ont cessé de grandir :
400 m
de long pour les plus grands porte-conteneurs, soit quatre terrains de football.
+ de 24 000
conteneurs (EVP) à bord des plus grands porte-conteneurs actuels.
≈ 95 000
navires de commerce sillonnaient le monde début 2019, selon la CNUCED.
La construction navale est très concentrée : en 2018, la Chine, la Corée du Sud et le Japon construisaient à eux trois 90 % des navires du monde.
📌 À retenir
- Environ 80 % des marchandises mondiales voyagent par la mer.
- Le conteneur, inventé dans les années 1950, a révolutionné le commerce mondial.
- Les navires sont de plus en plus grands, et la fonte de l’Arctique ouvre de nouvelles routes.
Les impacts du transport maritime sur l’Océan
1. Les marées noires
Le risque de marée noire augmente avec le trafic. Certains navires vieux ou mal entretenus naviguent sous pavillon de complaisance (Panama, Liberia…), dans des pays peu exigeants. Plus fragiles, ils sont davantage exposés aux avaries et aux naufrages.
| Navire | Année | Lieu |
|---|---|---|
| Amoco Cadiz | 1978 | Côtes du Finistère (Bretagne) |
| Erika | 1999 | Au large de la Bretagne |
| Prestige | 2002 | Au large de la Galice (Espagne) |
Lors d’une marée noire, une nappe d’hydrocarbures, qui peut s’étendre sur une centaine de kilomètres, piège les oiseaux et la faune marine. Les dégâts sont aussi économiques : pêche, aquaculture et tourisme sont touchés. Le nettoyage des côtes après le naufrage de l’Erika aurait ainsi coûté plus de 200 millions d’euros à l’entreprise Total.
Après chaque catastrophe, les États concernés ont durci leurs lois. Mais ces mesures, prises après coup, n’empêchent pas que de tels accidents se produisent ailleurs.
2. Les gaz à effet de serre et la pollution de l’air
Les navires émettent du CO2, mais aussi des oxydes de soufre (SOx) et d’azote (NOx), nocifs pour la santé. En cause : le fioul lourd, un carburant pétrolier très polluant, qui représente encore une grande partie du carburant utilisé par les navires.
≈ 3 %
des émissions mondiales de CO2 d’origine humaine viennent du transport maritime.
13,5 %
des émissions de gaz à effet de serre des transports de l’Union européenne viennent du transport maritime (AEE, 2021).

En Arctique, les fumées des navires déposent des suies noires sur la glace. Plus sombre, la glace renvoie moins les rayons du Soleil (son albédo diminue) : elle fond plus vite, ce qui accélère le réchauffement de la région. Pour en savoir plus : Clean Arctic Alliance – HFO Free Arctic (en anglais).
🔬 Zoom sur… des règles qui se durcissent
Depuis 2020, l’OMI limite fortement la teneur en soufre des carburants marins. Depuis 2024, le fioul lourd est progressivement interdit dans les eaux arctiques. Et en 2023, l’OMI s’est fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone du transport maritime vers 2050.
3. Les espèces invasives
Pour se stabiliser, les navires pompent de l’eau de mer dans leurs ballasts, puis la rejettent parfois à l’autre bout du monde, avec les organismes qu’elle contient. Le transport maritime est ainsi la principale voie d’introduction d’espèces invasives dans les mers européennes. Depuis 2017, une convention internationale oblige les navires à traiter leurs eaux de ballast.
👉 Pour aller plus loin : lire le cours Ocean Campus Connaissez-vous Ostreopsis ovata ?
4. Les conteneurs perdus en mer
Mal arrimés ou pris dans une tempête, des conteneurs tombent à la mer. Ils deviennent un danger pour la navigation et pour l’Océan, car ils contiennent parfois des produits dangereux ou du plastique, comme des granulés plastiques. Portés par les courants, ces objets finissent souvent sur les plages.

💡 Le saviez-vous ?
Fin novembre 2020, pris dans une tempête dans le Pacifique, le One Apus a perdu plus de 1 800 conteneurs. Entre 1994 et 2019, environ 750 accidents et près de 17 000 conteneurs perdus ont été recensés : l’équivalent du chargement d’un très grand porte-conteneurs !
Cette pollution, moins connue que les marées noires, manque encore de règles et de contrôles. Surfrider Foundation Europe agit au niveau international pour mieux prévenir ces accidents. Pour en savoir plus : rapport de Surfrider Foundation Europe sur les pertes de conteneurs (PDF).
5. La pollution sonore
Les hélices et les moteurs des navires produisent un bruit sourd et permanent sous l’eau. Il perturbe les mammifères marins et les poissons, qui utilisent les sons pour communiquer, s’orienter, chasser ou repérer un partenaire. Dans les eaux européennes, le transport maritime a contribué à doubler le niveau de bruit sous-marin entre 2014 et 2019 (AEE, 2021). Cette pollution reste pourtant peu encadrée par la loi.

6. Le démantèlement des navires
En fin de vie, la plupart des navires sont démantelés en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, souvent directement sur les plages. Les conditions de travail y sont dangereuses, et les polluants, comme l’amiante encore présent dans certains navires, se répandent dans l’environnement.

Pour que les pays en développement ne deviennent pas les « casses » des pays riches, des associations demandent que les navires soient démantelés dans des chantiers respectant des normes sociales et environnementales strictes.
📌 À retenir
- Marées noires, gaz à effet de serre, espèces invasives, conteneurs perdus, bruit, démantèlement : les impacts sont multiples.
- Le transport maritime émet environ 3 % du CO2 d’origine humaine.
- Les règles internationales se renforcent, mais restent insuffisantes sur certains sujets (bruit, conteneurs).
Comment réduire l’impact du transport maritime ?
Selon l’OMI, sans changement, les émissions du transport maritime pourraient augmenter fortement d’ici 2050. Chacun peut agir, à son échelle.
1. Consommer moins
Le plus efficace est de réduire nos achats de produits neufs : privilégier l’occasion, éviter les achats impulsifs (soldes, Black Friday…).
Avant d’acheter, posez-vous ces questions : en ai-je vraiment besoin ? Ai-je déjà l’équivalent ? Puis-je l’emprunter ou le trouver d’occasion ?
2. Acheter local
Les circuits courts limitent les trajets parcourus par nos produits : fruits et légumes de saison achetés aux producteurs, vêtements fabriqués près de chez nous…
Évitez la fast fashion (mode rapide) des plateformes en ligne à bas coût, et intéressez-vous aux marques écoresponsables.
3. Voyager autrement
Pour vos vacances, limitez les trajets en ferry et évitez les croisières sur des paquebots géants. Privilégiez le train, le covoiturage, le vélo ou la marche.
💡 Le saviez-vous ?
L’un des plus grands pouvoirs des citoyens réside dans leurs choix de consommation !
Vers un transport maritime plus propre
Surfrider agit aux côtés d’autres associations pour encourager des carburants plus propres, comme l’hydrogène ou l’électricité d’origine renouvelable. Et pourquoi pas revenir… à la voile ? Des voiliers-cargos transportent déjà des marchandises grâce au vent, comme ceux de Grain de Sail, TOWT ou Neoline.


👉 Pour aller plus loin : lire le cours Ocean Campus sur les énergies marines renouvelables.
📌 À retenir
- Consommer moins et acheter local réduit le besoin de transport maritime.
- Éviter les croisières et privilégier les transports doux limite notre impact.
- Carburants propres et voiliers-cargos dessinent un transport maritime plus durable.
Testez vos connaissances
Réfléchissez à votre réponse, puis cliquez sur la question pour vérifier.
Quelle part des marchandises mondiales voyage par la mer ?
Environ 80 % en volume.
Quel rôle joue l’OMI ?
L’Organisation maritime internationale, agence des Nations unies, adopte les règles internationales du transport maritime (les conventions) et veille à leur application.
Comment les navires transportent-ils des espèces invasives ?
Dans leurs eaux de ballast, pompées dans un port et rejetées dans un autre, parfois à l’autre bout du monde, avec les organismes qu’elles contiennent.
Pourquoi le bruit des navires est-il un problème ?
Il perturbe les mammifères marins et les poissons, qui utilisent les sons pour communiquer, s’orienter et chasser.
Citez deux gestes pour réduire l’impact du transport maritime.
Par exemple : acheter moins de produits neufs, privilégier l’occasion et les circuits courts, éviter la fast fashion et les croisières.
Glossaire
- Albédo : part de la lumière du Soleil renvoyée par une surface. La glace blanche a un fort albédo.
- Amiante : minéral autrefois utilisé dans l’industrie, très toxique quand on respire ses fibres. Il est interdit en France depuis 1997 et dans l’Union européenne depuis 2005.
- Armateur : propriétaire ou exploitant d’un ou plusieurs navires de commerce, de passagers ou de pêche.
- Ballast : réservoir d’un navire que l’on remplit d’eau de mer pour le stabiliser.
- Circuit court : mode de vente avec au plus un intermédiaire entre le producteur et le consommateur.
- Espèce invasive : espèce introduite hors de son milieu d’origine, qui s’y multiplie et perturbe l’écosystème local.
- EVP (équivalent vingt pieds) : unité de mesure de la capacité des porte-conteneurs, correspondant à un conteneur standard d’environ 6 m de long.
- Fioul lourd : carburant épais et très polluant issu du raffinage du pétrole, utilisé par de nombreux navires.
- Granulés plastiques : petites billes servant de matière première à l’industrie du plastique.
- Hydrocarbure : composé de carbone et d’hydrogène, comme le pétrole et ses dérivés.
- Mondialisation : développement des échanges (marchandises, capitaux, informations, personnes) à l’échelle de la planète.
- Organisation maritime internationale (OMI) : agence des Nations unies chargée de la sécurité du transport maritime et de la prévention de la pollution par les navires.
- Pavillon de complaisance : pavillon d’un pays aux règles peu exigeantes, choisi par un armateur pour réduire ses coûts.
- Voilier-cargo : navire de transport de marchandises propulsé principalement par le vent.
Pour aller plus loin
Sources
- Agence européenne pour l’environnement – European Maritime Transport Environmental Report 2021 (en anglais)
- Surfrider Foundation Europe – Rapport sur les pertes de conteneurs en mer (PDF)
- CNUCED – Étude sur les transports maritimes 2019 (PDF)
- Organisation maritime internationale (OMI)
- Vie-publique.fr – Transport maritime : recul des émissions de CO2 dans l’Union européenne













