Également appelés « polluants éternels », les PFAS sont des substances chimiques qui contaminent durablement notre environnement. Présents jusque dans nos eaux de baignade, ils représentent une menace pour la santé humaine et pour la biodiversité.
Dans ce cours
⏱ 10 min · Collège, lycée
À la fin de ce cours, vous saurez :
- expliquer ce que sont les PFAS et pourquoi on les appelle « polluants éternels » ;
- décrire comment ils s’accumulent dans les êtres vivants et les risques qu’ils font peser sur la faune et sur notre santé ;
- citer les leviers réglementaires et citoyens pour fermer le robinet à la source.

Les PFAS, qu’est-ce que c’est ?
Les PFAS (prononcez « pifasse ») forment une grande famille de plus de 10 000 substances chimiques de synthèse, fabriquées par l’être humain depuis les années 1940.
Ils sont omniprésents dans notre quotidien grâce à des propriétés très recherchées par l’industrie : ils repoussent l’eau et les graisses, et ils résistent aux fortes chaleurs. On les trouve notamment dans :
- les poêles antiadhésives ;
- les vêtements et chaussures imperméables ;
- les emballages alimentaires, en particulier dans la restauration rapide ;
- les peintures et certains produits ménagers ;
- les mousses anti-incendie.
Une menace invisible mais bien réelle
Ces molécules sont quasi indestructibles. Une fois rejetées dans l’environnement, elles ne se dégradent pas, ce qui leur vaut le surnom de « polluants éternels ».
Cette pollution reste difficile à mesurer. Comme les microplastiques, les PFAS sont invisibles à l’œil nu. De nombreuses recherches sont en cours pour comprendre leur présence dans l’environnement et leurs effets sur la faune, la flore et la santé humaine.
👉 Pour aller plus loin
Lisez le cours Ocean Campus Microplastiques : tout ce qu’il faut savoir.
Une dangereuse invention humaine
1. Une découverte par hasard
En 1938, le chimiste américain Roy J. Plunkett découvre par hasard le Téflon, alors qu’il cherche à fabriquer de nouveaux gaz réfrigérants. Après la Seconde Guerre mondiale, les industriels s’emparent de cette découverte pour commercialiser toute une gamme de produits « magiques » : poêles qui n’attachent pas, vêtements imperméables, mousses pour éteindre les incendies… Les PFAS entrent dans notre quotidien.
2. Le secret de leur résistance
Les PFAS reposent sur une liaison chimique entre le carbone et le fluor, l’une des plus solides qui existent. Elle est si puissante qu’elle est presque impossible à briser.
Résultat : une fois libérés dans la nature, ces polluants ne se détruisent pas. Ils voyagent partout grâce au cycle de l’eau et s’accumulent durablement dans les lacs, les rivières et l’Océan.
3. Le scandale du Téflon
À la fin des années 1990, l’avocat américain Robert Bilott révèle le scandale du C8, autrement dit le PFOA, une molécule utilisée pour fabriquer le Téflon. Cette affaire, qui touche la ville de Parkersburg aux États-Unis, est racontée dans le film Dark Waters (2019). Elle révèle que le groupe industriel DuPont savait dès les années 1960 que le PFOA était toxique.
Depuis, de nombreuses études ont confirmé la présence généralisée de ces composés, y compris dans le sang humain. Aujourd’hui, toute la population y est exposée au quotidien :
- par l’alimentation : eau du robinet, poissons, viandes, œufs ;
- par l’air et la poussière que nous respirons ;
- lors de nos baignades.
📌 À retenir
- Les PFAS sont une famille de plus de 10 000 substances chimiques de synthèse.
- Leur liaison carbone-fluor les rend presque indestructibles : ce sont des « polluants éternels ».
- Toute la population y est exposée, notamment par l’eau et l’alimentation.
Quels risques pour le milieu aquatique et pour notre santé ?
Une fois dans la nature, les PFAS s’infiltrent partout. En gagnant les écosystèmes aquatiques, ils entrent dans la chaîne alimentaire et finissent par atteindre nos propres organismes.

1. Impacts sur la faune et la biodiversité
Dans les organismes aquatiques, la contamination par les PFAS repose sur deux mécanismes complémentaires :
La bioaccumulation
L’effet « éponge »
Un poisson ou un crustacé qui vit dans une eau polluée absorbe en continu de petites doses de PFAS. Au lieu d’être éliminées, ces substances se fixent aux protéines et s’accumulent au fil du temps dans les organes vitaux, comme le foie ou les reins. C’est la bioaccumulation.
La bioamplification
L’effet « cascade »
Un prédateur ne filtre pas seulement l’eau : il ingère aussi tous les PFAS accumulés par ses proies. Les espèces au sommet de la chaîne alimentaire, comme les oiseaux marins ou les mammifères marins, concentrent donc les doses les plus élevées. C’est la bioamplification.
2. Impacts sur la santé humaine
La principale voie d’exposition est l’ingestion : l’eau du robinet bue au quotidien, les aliments, mais aussi l’eau de mer ou de rivière avalée sans le vouloir. Les enfants et les pratiquants d’activités nautiques y sont particulièrement exposés.
Plusieurs effets sur l’organisme sont aujourd’hui documentés et étroitement surveillés :
- une perturbation endocrinienne, c’est-à-dire un dérèglement du système hormonal ;
- une baisse de l’efficacité des vaccins ;
- une altération de la fertilité ;
- un risque accru de développer certains cancers.
💡 Le saviez-vous ?
En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le PFOA (acide perfluorooctanoïque) comme cancérogène avéré pour l’être humain (groupe 1), et le PFOS (sulfonate de perfluorooctane) comme cancérogène possible (groupe 2B).
📌 À retenir
- Les PFAS s’accumulent dans les organismes (bioaccumulation) et se concentrent le long de la chaîne alimentaire (bioamplification).
- Chez l’être humain, l’exposition se fait surtout par ingestion.
- Le PFOA est reconnu comme cancérogène pour l’être humain depuis 2023.
Une réglementation qui avance, mais avec des failles
Face à cette situation, la réglementation progresse, lentement. En France, la loi du 27 février 2025 interdit depuis le 1er janvier 2026 la fabrication, l’importation et la vente de plusieurs produits du quotidien contenant des PFAS, notamment :
- les vêtements et les chaussures ;
- les cosmétiques ;
- les farts de ski.
1. Le piège des « chaises musicales »
Interdire une molécule dangereuse ne suffit pas toujours à faire disparaître le risque. Souvent, l’industrie la remplace par une molécule proche, pas encore réglementée, qui se révèle ensuite tout aussi nocive. C’est ce qu’on appelle un substitut regrettable : un faux remède qui déplace la pollution vers une nouvelle substance, parfois plus toxique encore.
2. L’exemple du TFA : une fausse bonne idée
À partir de la fin des années 1980, pour protéger la couche d’ozone, les gaz CFC des réfrigérateurs et des climatiseurs ont été remplacés par de nouveaux gaz fluorés. Problème : ces gaz s’échappent dans l’air et, en se décomposant, forment du TFA (acide trifluoroacétique). Celui-ci retombe avec la pluie dans les cours d’eau et sur les sols. Certains pesticides fluorés produisent aussi du TFA en se dégradant.
Le TFA est un PFAS très mobile, aujourd’hui présent presque partout dans l’eau. En 2026, le comité d’évaluation des risques de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a recommandé de le classer comme toxique pour la reproduction.
3. Les eaux de baignade : des zones blanches de la loi
Malgré les risques connus, un vide juridique persiste sur nos plages et dans nos rivières. La réglementation européenne sur les eaux de baignade ne contrôle que des bactéries d’origine fécale : elle n’impose aucune analyse des PFAS et ne fixe aucun seuil d’alerte pour protéger les baigneurs et les pratiquants de sports nautiques.
Les communes et les gestionnaires de plages n’ont donc ni outils ni seuils officiels pour agir. Une réglementation existe pourtant pour l’eau potable : une limite de 0,1 µg/L pour la somme de 20 PFAS s’applique en France depuis 2023, et dans toute l’Union européenne depuis janvier 2026.
4. L’enquête citoyenne de Surfrider
En juin et juillet 2025, les bénévoles de Surfrider Foundation Europe ont réalisé des prélèvements sur 107 sites de baignade et de sports nautiques en France, en métropole et en outre-mer : 80 plages du littoral et 27 sites d’eau douce (lacs et rivières). 58 PFAS différents y ont été recherchés. Les résultats révèlent une contamination généralisée :
- 100 % des sites contaminés : des PFAS ont été détectés sur tous les points de prélèvement, et le TFA dans tous les échantillons ;
- jusqu’à 19 PFAS différents sur un même site ;
- des polluants « fantômes » : le PFOS, interdit depuis 2009, est présent sur 62 % des sites, et le PFOA, interdit depuis 2020, est lui aussi fréquemment retrouvé. Cela illustre leur extrême longévité dans la nature.

📌 À retenir
- Depuis le 1er janvier 2026, la France interdit les PFAS dans plusieurs produits du quotidien.
- Remplacer une molécule par une autre peut créer un « substitut regrettable », comme le TFA.
- Aucun contrôle des PFAS n’est imposé dans les eaux de baignade, alors que l’enquête de Surfrider en a trouvé sur 100 % des sites.
Comment agir face à cette pollution ?
Pour enrayer cette pollution, il faut fermer le robinet à la source, tout en adaptant nos comportements au quotidien.
1. Peser sur la réglementation européenne
En 2023, cinq pays européens (Allemagne, Danemark, Norvège, Pays-Bas et Suède) ont demandé à l’ECHA de restreindre l’ensemble de la famille des PFAS. L’agence poursuit l’évaluation de ce dossier, dont les conclusions sont attendues fin 2026. Surfrider Foundation Europe se mobilise auprès des institutions européennes pour :
- adopter au plus vite une restriction universelle des PFAS sur la base des conclusions de l’ECHA, couvrant tous les usages et tous les secteurs, y compris industriels, avec le soutien des États membres ;
- renforcer la surveillance de la qualité de l’eau, en particulier en mer, avec l’identification des sources de pollution, la dépollution des sites contaminés et l’application réelle du principe pollueur-payeur ;
- mettre en place des méthodes de surveillance communes en Europe pour les eaux de baignade et de loisirs, puis des normes officielles.
2. Consommer de manière responsable
En tant que citoyens, nos choix d’achat sont un levier puissant face aux industriels :
- privilégiez les produits garantis sans PFAS (parfois notés « sans PFC »), notamment pour la vaisselle antiadhésive, les farts ou les produits de réimperméabilisation ;
- soutenez la science participative : participez aux campagnes de prélèvements citoyennes de Surfrider ou soutenez-les, pour collecter des données et inciter les pouvoirs publics à agir.
💡 Bon à savoir
Depuis le 1er janvier 2026, la loi française interdit les PFAS dans les vêtements neufs, mais certains sprays de réimperméabilisation en contiennent encore. Vérifiez bien les étiquettes !
Testez vos connaissances
Réfléchissez à votre réponse, puis cliquez sur la question pour vérifier.
Pourquoi appelle-t-on les PFAS des « polluants éternels » ?
Parce que leur liaison carbone-fluor, l’une des plus solides de la chimie, les rend presque indestructibles : une fois dans l’environnement, ils ne se dégradent pas.
Quelle est la différence entre bioaccumulation et bioamplification ?
La bioaccumulation, c’est l’accumulation des PFAS dans un même organisme au fil du temps. La bioamplification, c’est leur concentration croissante le long de la chaîne alimentaire : les prédateurs accumulent les PFAS de toutes leurs proies.
Citez deux effets des PFAS sur la santé humaine.
Par exemple : perturbation du système hormonal, baisse de l’efficacité des vaccins, altération de la fertilité, risque accru de certains cancers.
Qu’est-ce qu’un « substitut regrettable » ? Donnez un exemple.
C’est une molécule utilisée pour remplacer une substance interdite, qui se révèle ensuite tout aussi nocive. Exemple : les gaz fluorés qui ont remplacé les CFC se dégradent en TFA, un PFAS très mobile et toxique pour la reproduction.
Sur combien de sites l’enquête de Surfrider de 2025 a-t-elle détecté des PFAS ?
Sur 100 % des 107 sites de baignade et de sports nautiques étudiés.
Glossaire
- Bioaccumulation : accumulation progressive d’une substance dans un organisme vivant, plus vite qu’il ne peut l’éliminer.
- Bioamplification : augmentation de la concentration d’une substance à chaque maillon de la chaîne alimentaire, des proies vers les prédateurs.
- CIRC : Centre international de recherche sur le cancer, l’agence de l’Organisation mondiale de la santé chargée de classer les substances selon leur potentiel cancérogène.
- ECHA : Agence européenne des produits chimiques. Elle évalue les risques des substances chimiques et propose des restrictions à l’Union européenne.
- Perturbation endocrinienne : dérèglement du système hormonal provoqué par une substance extérieure à l’organisme.
- PFAS : substances per- et polyfluoroalkylées, une famille de plus de 10 000 composés chimiques de synthèse contenant des liaisons carbone-fluor très résistantes.
- PFOA : acide perfluorooctanoïque, aussi appelé C8. PFAS utilisé pour fabriquer le Téflon, interdit dans l’Union européenne depuis 2020.
- PFOS : sulfonate de perfluorooctane. PFAS longtemps utilisé dans les textiles et les mousses anti-incendie, interdit au niveau international depuis 2009.
- Pollueur-payeur : principe selon lequel celui qui pollue doit payer les frais de prévention et de réparation des dommages qu’il cause.
- Science participative : recherche scientifique à laquelle participent des citoyens, par exemple en réalisant des prélèvements ou des observations.
- Substitut regrettable : molécule de remplacement d’une substance interdite, qui se révèle elle aussi dangereuse.
- TFA : acide trifluoroacétique, un PFAS de très petite taille, très mobile dans l’eau, issu notamment de la dégradation de gaz fluorés et de certains pesticides.
Pour aller plus loin
Sources
- Surfrider Foundation Europe – PFAS dans les eaux de baignade : l’étude de Surfrider
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes – PFAS : ce qu’il faut savoir
- Ministère de la Transition écologique – PFAS : surveillance de l’état des eaux en France
- CIRC – Évaluation de la cancérogénicité du PFOA et du PFOS (2023, en anglais)
- ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur – Les composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS)
- Atmo Bourgogne-Franche-Comté – PFAS : une interdiction historique en France depuis le 1er janvier 2026
- Actu-Juridique – Dark Waters, le procès du PFOA
- Chem4us – Le TFA
- Générations Futures – FAQ sur le TFA
- Food Packaging Forum – Le comité de l’ECHA recommande de classer le TFA toxique pour la reproduction (2026, en anglais)
- European Rubber Journal – Calendrier de l’évaluation de la restriction des PFAS par l’ECHA (2026, en anglais)
- Toute l’Europe – Apporter une sécurité réglementaire concernant les produits chimiques éternels














