Ils sont dans l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons et les poissons que nous mangeons. Les microplastiques, ces minuscules fragments de plastique, se retrouvent jusque sur la banquise, dans les glaciers… et même dans les poils des abeilles. D’où viennent-ils ? Pourquoi posent-ils problème ? Et comment s’en débarrasser ?

Dans ce cours
⏱ 15 min · Niveau intermédiaire

À la fin de ce cours, vous saurez :

  • distinguer microplastiques primaires et secondaires ;
  • citer les principales sources de microplastiques et leur chemin jusqu’à l’Océan ;
  • expliquer pourquoi ils sont nocifs et quelles solutions existent.

La pollution « macroplastique » rassemble les déchets plastiques bien visibles : bouteilles, pailles, sacs… (lire notre cours sur la pollution plastique et l’Océan). La pollution microplastique, elle, est souvent invisible à l’œil nu.

Les microplastiques sont des particules de plastique de moins de 5 mm, soit plus petites qu’un grain de riz. Les plus fines, de moins d’un micromètre (un millième de millimètre), sont appelées nanoplastiques.

Selon leur origine, on en distingue deux types (UICN, 2017) :

Les microplastiques primaires

Ils arrivent directement sous forme de petites particules dans l’environnement : fibres de nos vêtements synthétiques, poussière de pneus, microbilles de certains cosmétiques…

Les microplastiques secondaires

Ils proviennent de la fragmentation de plus gros déchets plastiques, sous l’effet du soleil, de l’eau, des vagues et des intempéries.

Pictogrammes des sept sources de microplastiques primaires : pneus, textiles synthétiques, marquage routier, peintures marines, articles de toilette, poussières urbaines et granulés de plastique.
Les principales sources de microplastiques primaires. © Surfrider Foundation Europe

💡 Le saviez-vous ?
En 2023, une étude menée par des scientifiques danois a montré que les abeilles domestiques transportent dans leurs poils des microplastiques de 13 types de plastique différents. Les microplastiques sont partout, même dans l’air que nous respirons.

Tout simplement par commodité. Le plastique est bon marché, résistant et facile à transformer. Il existe en réalité une grande famille de plastiques, faits de polymères différents, chacun avec ses propres qualités. Par exemple, le polypropylène est souvent utilisé pour les emballages alimentaires car il résiste bien aux graisses.

De minuscules particules de plastique sont aussi ajoutées volontairement à de nombreux produits du quotidien :

  • les cosmétiques : microbilles des gommages, crèmes à la texture douce et « glissante » ;
  • les détergents, où elles enferment les parfums ;
  • les peintures et encres ;
  • les matériaux de construction et les pelouses synthétiques (billes de remplissage).

🔬 Zoom sur… la réglementation
Les microbilles sont interdites dans les cosmétiques rincés (gommages, dentifrices…) aux États-Unis depuis 2015 et en France depuis 2018. En 2023, l’Union européenne est allée plus loin : elle a adopté l’interdiction progressive de tous les microplastiques ajoutés volontairement aux produits (paillettes, cosmétiques, détergents, billes des terrains synthétiques…), avec des délais allant jusqu’à 2035 selon les produits.

👉 Pour aller plus loin : découvrir l’infographie Ocean Campus sur les microbilles de plastique.

Selon un rapport de l’UICN (2017), les microplastiques primaires qui finissent dans les océans viennent surtout de nos modes de vie à terre : nos voitures et le lavage de notre linge pourraient polluer davantage que la mauvaise gestion de nos déchets !

SourcePart des rejets de microplastiques primaires dans les océans
Textiles synthétiques35 %
Pneus28 %
Poussières urbaines24 %
Marquage routier7 %
Peintures marines3,7 %
Produits d’hygiène et cosmétiques2 %
Granulés de plastique0,3 %
Diagramme circulaire des rejets de microplastiques primaires dans les océans : textiles synthétiques 35 %, pneus 28 %, poussières urbaines 24 %, marquage routier 7 %, peintures marines 3,7 %, articles de toilette 2 %, granulés de plastique 0,3 %.
Rejets de microplastiques primaires dans les océans, par source (UICN, 2017). © Surfrider Foundation Europe

1. Les textiles synthétiques

C’est la première source. À chaque lavage, surtout à haute température, le frottement des vêtements (polyester, nylon, acrylique…) libère des milliers de fibres de plastique, qui partent avec les eaux usées.

2. Les pneus

En roulant, les pneus s’usent par abrasion sur la route. Cette poussière de caoutchouc synthétique est entraînée par la pluie et le vent.

3. Les poussières urbaines

Ce sont les particules issues de l’usure des matériaux en ville : semelles de chaussures, revêtements, bâtiments, produits d’entretien… Le vent et la pluie les emportent.

4. Le marquage routier

Les peintures des lignes blanches sur les routes contiennent des plastiques qui s’usent au passage des véhicules.

5. Les peintures marines

Utilisées pour protéger les coques des bateaux de la corrosion et des salissures, elles contiennent des plastiques (polyuréthane, époxy, vinyles…) qui se libèrent lors de la construction et de l’entretien des navires.

6. Les produits d’hygiène

Dans de nombreux pays, crèmes, déodorants ou dentifrices contiennent encore des microbilles. Leurs emballages, eux, deviennent des microplastiques secondaires en se dégradant.

7. Les granulés de plastique

Ce sont les petites billes qui servent de matière première à l’industrie plastique. Elles peuvent être perdues lors de leur fabrication ou de leur transport.

Une responsabilité partagée

Chaque région du monde a sa part de responsabilité, selon son économie et sa population. Hors poussières urbaines, les principaux émetteurs de microplastiques primaires sont (UICN, 2017) :

  • les textiles en Inde et en Asie du Sud : 15,9 % des rejets mondiaux ;
  • les pneus en Amérique du Nord : 11,5 % ;
  • les textiles en Chine : 10,3 % ;
  • les pneus en Europe et en Asie centrale : 8,6 %.
Tableau des rejets de microplastiques primaires par région et par source, en pourcentage des rejets mondiaux. Valeurs les plus fortes : textiles en Inde et Asie du Sud 15,9 ; pneus en Amérique du Nord 11,5 ; textiles en Chine 10,3 ; pneus en Europe et Asie centrale 8,6 ; textiles en Asie de l’Est et Océanie 6,3.
Rejets de microplastiques primaires par région et par source, en % des rejets mondiaux (UICN, 2017). © Surfrider Foundation Europe

📌 À retenir

  • Les textiles synthétiques (35 %) et les pneus (28 %) sont les deux premières sources de microplastiques primaires.
  • La grande majorité vient de nos activités à terre, pas de la mer.
  • Toutes les régions du monde sont concernées.

Qu’ils soient primaires ou secondaires, les microplastiques rejoignent l’Océan par trois grandes voies (Thevenon et al., 2014) :

66 %

par le ruissellement de l’eau de pluie sur les routes, surtout en ville.

25 %

par les eaux usées, que les stations d’épuration ne filtrent pas entièrement.

7 %

par le vent.

Une partie reste piégée dans les sols ; l’autre arrive dans l’Océan.

Diagramme de flux : 98 % des rejets de microplastiques primaires sont d’origine terrestre (ruissellement des routes 66 %, eaux usées 25 %, vent 7 %) et 2 % se produisent directement en mer. Au total, 52 % des rejets restent dans le sol et 48 % finissent dans l’Océan.
Le parcours des microplastiques primaires, de la terre à l’Océan. © Surfrider Foundation Europe

Une fois en mer, tout dépend de leur densité :

Les plus légers flottent

C’est le cas du polypropylène des emballages. Portés par les courants, ils s’accumulent dans les gyres océaniques, comme le « 7e continent ».

Les plus denses coulent

C’est le cas de l’acrylique des peintures. Ils se déposent sur les fonds marins, où vivent et se nourrissent de nombreuses espèces.

📌 À retenir

  • Les microplastiques arrivent surtout par le ruissellement des routes, puis par les eaux usées et le vent.
  • En mer, les plus légers flottent et s’accumulent dans les gyres.
  • Les plus lourds coulent et s’accumulent sur les fonds marins.

Une fois dans l’environnement, les microplastiques ne disparaissent pas : ils ne se biodégradent pas et se fragmentent en particules toujours plus petites.

On en trouve dans les océans, les rivières, les sols, l’air, mais aussi dans les aliments et l’eau potable. Avalés par le plancton, les coquillages et les poissons, ils remontent la chaîne alimentaire… jusqu’à notre assiette.

En laboratoire, l’exposition aux microplastiques a des effets négatifs sur de nombreux organismes : blessures internes, sensation de satiété trompeuse, croissance et reproduction perturbées. Les microplastiques peuvent aussi transporter des substances toxiques, ajoutées lors de leur fabrication ou captées dans l’eau.

🔬 Zoom sur… et notre santé ?
Des microplastiques ont été détectés dans le sang, les poumons et le placenta humains. Leurs effets sur notre santé sont encore à l’étude, mais ces découvertes ont conduit plusieurs pays, puis l’Union européenne, à limiter leur utilisation volontaire dans les produits.

📌 À retenir

  • Les microplastiques ne se biodégradent pas et sont présents partout.
  • Ils s’accumulent dans les êtres vivants et remontent la chaîne alimentaire.
  • Leurs effets sur la santé humaine sont encore étudiés.

Il est impossible de nettoyer l’Océan de cette pollution invisible. La seule solution est d’agir à la source, pour limiter les rejets.

1. Modifier notre manière de consommer

Pour limiter les microplastiques secondaires, il faut d’abord produire moins de déchets plastiques. En France, seuls 27 % des emballages plastiques ménagers ont été recyclés en 2023, loin de l’objectif européen de 55 % en 2030 : réduire sa consommation de plastique reste donc indispensable.

Par exemple, vous pouvez fabriquer vos propres produits cosmétiques et d’entretien à partir d’ingrédients simples, comme du marc de café pour exfolier la peau.

2. Faire évoluer les pratiques industrielles

  • Supprimer les microplastiques ajoutés aux produits : c’est l’objet de l’interdiction européenne adoptée en 2023.
  • Concevoir des textiles qui perdent moins de fibres, ou en fibres naturelles (lin, chanvre, coton…).
  • Équiper les machines à laver de filtres : la France a été le premier pays à l’inscrire dans la loi (loi AGEC de 2020), pour les machines neuves à partir de 2025, mais son application a pris du retard.
  • Concevoir des pneus et des revêtements routiers qui s’usent moins.
  • Mieux collecter et filtrer les eaux de pluie qui ruissellent sur les routes.

💡 Vos gestes au quotidien

  • laver son linge à basse température, en machine bien remplie ;
  • privilégier les vêtements en fibres naturelles et acheter moins mais mieux ;
  • éviter les cosmétiques contenant des plastiques (polyethylene, nylon, acrylates… dans la liste des ingrédients) ;
  • marcher, pédaler ou prendre les transports en commun pour limiter l’usure des pneus.

👉 Pour aller plus loin : lire le cours Ocean Campus Agir contre les déchets aquatiques.

📌 À retenir

  • On ne peut pas nettoyer les microplastiques de l’Océan : il faut réduire les rejets à la source.
  • Cela passe par nos choix de consommation et par l’évolution des industries.
  • L’Union européenne interdit progressivement les microplastiques ajoutés aux produits.

Réfléchissez à votre réponse, puis cliquez sur la question pour vérifier.

Quelle est la différence entre un microplastique primaire et un microplastique secondaire ?

Un microplastique primaire arrive directement sous forme de petite particule dans l’environnement (fibre textile, poussière de pneu, microbille). Un microplastique secondaire provient de la fragmentation d’un plus gros déchet plastique.

Quelle est la première source de microplastiques primaires dans les océans ?

Les textiles synthétiques (environ 35 %), qui libèrent des fibres à chaque lavage. Viennent ensuite les pneus (28 %).

Par quelle voie la plupart des microplastiques arrivent-ils dans l’Océan ?

Par le ruissellement de l’eau de pluie sur les routes (environ 66 %), devant les eaux usées (25 %) et le vent (7 %).

Pourquoi certains microplastiques flottent-ils et d’autres coulent-ils ?

Cela dépend de leur densité : les plastiques légers comme le polypropylène flottent et s’accumulent dans les gyres, les plus denses comme l’acrylique coulent sur les fonds marins.

Citez deux solutions pour réduire les rejets de microplastiques.

Par exemple : laver son linge à basse température, équiper les machines à laver de filtres, interdire les microplastiques ajoutés aux produits, concevoir des pneus qui s’usent moins, réduire sa consommation de plastique.

  • Abrasion : usure d’un matériau par frottement, comme celle d’un pneu sur la route.
  • Chaîne alimentaire : suite d’êtres vivants dans laquelle chacun mange celui qui le précède.
  • Gyre : immense tourbillon formé par les courants marins de surface, au centre duquel les déchets flottants s’accumulent.
  • Microbille : petite bille de plastique ajoutée volontairement à certains produits, notamment les gommages.
  • Microplastique : particule de plastique de moins de 5 mm.
  • Microplastique primaire : microplastique rejeté directement sous forme de petite particule (fibre, poussière, microbille).
  • Microplastique secondaire : microplastique issu de la fragmentation d’un plus gros déchet plastique.
  • Nanoplastique : particule de plastique de moins d’un micromètre (un millième de millimètre).
  • Polymère : très longue molécule formée de petites unités répétées ; les plastiques sont des polymères.