Un goût métallique dans la bouche, les yeux qui piquent, une toux après une baignade en Méditerranée ? C’est peut-être Ostreopsis ovata, une microalgue d’origine tropicale qui prolifère l’été sur nos côtes. Apprenez à la connaître pour mieux vous en protéger.
Dans ce cours
⏱ 10 min · Niveau débutant
À la fin de ce cours, vous saurez :
- décrire Ostreopsis ovata et expliquer pourquoi elle est apparue en Méditerranée ;
- citer ses effets sur l’environnement, la santé et l’économie ;
- adopter les bons réflexes en cas de symptômes ou d’observation.
Qu’est-ce qu’Ostreopsis ovata ?
L’Océan est un écosystème riche et fragile. Le changement climatique modifie la température et la chimie de l’eau, et donc les espèces qui y vivent. L’arrivée en Méditerranée de la microalgue Ostreopsis ovata en est un exemple.
Les Ostreopsis sont des microalgues formées d’une seule cellule, d’environ 50 µm de long (un vingtième de millimètre), en forme de goutte ou de pépin. Elles possèdent deux flagelles, de petits filaments qui leur permettent de se déplacer.
Le genre Ostreopsis compte une dizaine d’espèces. Deux ont été détectées en Méditerranée : Ostreopsis ovata et Ostreopsis siamensis. Surfrider Foundation Europe s’intéresse surtout à la plus répandue des deux, Ostreopsis ovata.

Une algue venue des tropiques
Ostreopsis ovata est originaire des régions tropicales, situées entre 35° de latitude nord et 35° de latitude sud. Depuis quelques décennies, des efflorescences sont pourtant observées dans des zones plus tempérées : en Méditerranée, en Nouvelle-Zélande ou encore dans le sud-est de la Russie.

Deux facteurs principaux pourraient expliquer son installation en Méditerranée :
- le trafic maritime, qui transporte des espèces d’une région à l’autre, notamment dans les eaux de ballast des navires ;
- le changement climatique, qui réchauffe l’eau et offre à la microalgue des conditions plus favorables.
Aujourd’hui, plusieurs pays méditerranéens sont concernés, en particulier la France, l’Italie et l’Espagne.

Où s’installe Ostreopsis ovata ?
Ostreopsis ovata aime les eaux chaudes, peu profondes et calmes, le long des côtes rocheuses.
Elle est dite benthique : elle vit fixée au fond, sur des rochers ou sur des macroalgues.
Quand toutes les conditions sont réunies, ses cellules se multiplient en masse et forment une pellicule brunâtre qui recouvre les fonds : c’est un bloom, ou efflorescence.
Si l’eau est agitée ou si les fonds sont piétinés, les cellules se détachent, remontent dans l’eau et peuvent s’agglomérer en surface. Ces amas sont appelés des « fleurs d’eau ».

📌 À retenir
- Ostreopsis ovata est une microalgue unicellulaire d’origine tropicale.
- Elle vit fixée au fond, dans les eaux chaudes, calmes et peu profondes des côtes rocheuses.
- En été, elle peut proliférer et former des blooms.
Quels sont les impacts d’Ostreopsis ovata ?
Lors des blooms, la microalgue produit des toxines de la famille de la palytoxine, qui ont des effets sur l’environnement, sur la santé et sur l’économie.
1. Sur l’environnement
- Les blooms peuvent provoquer la mort d’organismes marins, en particulier des oursins, des moules et d’autres animaux fixés sur les fonds. La pellicule de microalgues et de mucus qui les recouvre peut aussi appauvrir l’eau en oxygène.
- Les toxines peuvent s’accumuler dans les tissus de certains animaux (oursins, moules, poissons) : on parle de bioaccumulation.
2. Sur la santé humaine
Les toxines peuvent provoquer un état grippal. On peut y être exposé de trois façons :
- par contact avec la peau, en se baignant ;
- par inhalation des embruns, même sans se baigner, en se promenant sur le rivage ;
- par ingestion, en avalant de l’eau ou en mangeant des fruits de mer contaminés.

Peu de temps après
goût métallique dans la bouche, irritations de la peau, du nez et de la gorge, toux, yeux qui piquent (conjonctivite)…
Un peu plus tard
fièvre, maux de tête, vertiges, nausées, fatigue…
Ces symptômes disparaissent généralement en 24 à 48 heures après la fin de l’exposition.
💡 Le saviez-vous ?
En zone tropicale, où ces microalgues sont plus abondantes, des intoxications graves ont été causées par la consommation de produits de la mer contaminés. En Méditerranée, aucune intoxication alimentaire liée à ces toxines n’a été observée à ce jour.
3. Sur l’économie
Lors des blooms, les baignades et les activités nautiques peuvent être suspendues pour protéger la santé du public. À Gênes (Italie), à l’été 2005, plusieurs kilomètres de littoral ont été fermés après que des centaines de personnes ont été incommodées. En 2008, à Villefranche-sur-Mer, des plages ont été fermées par arrêté municipal.
📌 À retenir
- Les toxines d’Ostreopsis peuvent tuer des animaux marins et s’accumuler dans certains d’entre eux.
- Chez l’être humain, elles provoquent un état grippal, par contact, par les embruns ou par ingestion.
- Les blooms peuvent entraîner la fermeture de plages.
Que faire en cas de symptômes ou d’observation ?
- Prendre une douche à l’eau douce : se rincer réduit le contact de la peau avec les cellules toxiques.
- Prévenir les maîtres-nageurs sauveteurs si vous êtes sur une plage surveillée.
- Consulter un médecin ou, à défaut, un pharmacien.
- Signaler les symptômes au centre antipoison de Marseille (04 91 75 25 25), qui recense les cas sur le littoral méditerranéen.

La surveillance d’Ostreopsis ovata en France
Depuis les premiers blooms, plusieurs réseaux surveillent la microalgue en Méditerranée :
- les Agences régionales de santé (ARS) contrôlent la qualité des eaux de baignade et intègrent Ostreopsis ovata à leur surveillance depuis 2007 ;
- l’Ifremer, avec son réseau REPHY, prélève régulièrement de l’eau sur le littoral pour identifier le phytoplancton présent, en particulier les espèces toxiques.
Et Surfrider Foundation Europe ?
Depuis 2010, Surfrider intègre Ostreopsis ovata à son réseau de suivi, pour faire progresser les connaissances et informer les usagers de la mer. L’association agit sur deux leviers :
La veille environnementale
Chaque été, avec des instituts scientifiques, des institutions et des médecins, des prélèvements sont réalisés sur des sites d’activités nautiques en Corse, en Occitanie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour suivre l’apparition de la microalgue.
L’information du public
Un livret et une affiche informent le grand public. En cas de détection, l’association réunit une cellule d’alerte avec les acteurs du littoral pour mettre en place des mesures de prévention.

📌 À retenir
- En cas de symptômes : douche, maîtres-nageurs, médecin, centre antipoison.
- Les ARS et l’Ifremer surveillent la microalgue sur le littoral méditerranéen.
- Surfrider réalise des prélèvements chaque été et informe le public.
Testez vos connaissances
Réfléchissez à votre réponse, puis cliquez sur la question pour vérifier.
Où vit Ostreopsis ovata ?
Fixée au fond (rochers, macroalgues), dans les eaux chaudes, calmes et peu profondes des côtes rocheuses.
Quels facteurs pourraient expliquer son arrivée en Méditerranée ?
Le trafic maritime, qui transporte des espèces dans les eaux de ballast, et le réchauffement de l’eau dû au changement climatique.
Peut-on être touché sans se baigner ?
Oui : les toxines peuvent être inhalées avec les embruns marins, par exemple en se promenant sur le rivage pendant un bloom.
Quels sont les premiers symptômes possibles ?
Un goût métallique dans la bouche, des irritations de la peau, du nez ou de la gorge, de la toux, des yeux qui piquent. Puis parfois fièvre, maux de tête, nausées et fatigue.
Quel est le premier geste à faire en cas de symptômes ?
Prendre une douche à l’eau douce, puis prévenir les maîtres-nageurs, consulter un médecin et signaler le cas au centre antipoison de Marseille.
Glossaire
- Benthique : se dit d’un organisme qui vit sur le fond ou fixé à un support au fond de l’eau.
- Bioaccumulation : accumulation d’une substance (toxine, polluant) dans les tissus d’un être vivant au fil du temps.
- Bloom (ou efflorescence) : multiplication rapide et massive d’une microalgue.
- Eaux de ballast : eau de mer pompée par un navire pour le stabiliser, puis rejetée parfois très loin, avec les organismes qu’elle contient.
- Efflorescence : voir « Bloom ».
- Espèce : groupe d’êtres vivants semblables, capables de se reproduire entre eux.
- Flagelle : petit filament mobile qui permet à certaines cellules de se déplacer.
- Genre : groupe d’espèces proches. Dans Ostreopsis ovata, Ostreopsis est le genre et ovata l’espèce.
- Microalgue : algue microscopique, souvent formée d’une seule cellule.
- REPHY : réseau de l’Ifremer qui surveille le phytoplancton et les phycotoxines (toxines d’algues) sur le littoral français.
- Toxine : substance toxique produite par un être vivant.
Pour aller plus loin
Crédits
Contenus, photos et illustrations : Surfrider Foundation Europe.














