Bouteilles, sacs, filets de pêche, fragments invisibles… Chaque année, des millions de tonnes de plastique finissent dans l’Océan. D’où viennent ces déchets, que deviennent-ils une fois en mer, et quelles sont leurs conséquences sur la vie marine ?
Dans ce cours
⏱ 15 min · Niveau débutant
À la fin de ce cours, vous saurez :
- expliquer pourquoi le plastique est devenu le principal déchet de l’Océan ;
- décrire le trajet des déchets, de la terre jusqu’aux fonds marins et aux gyres ;
- citer les grands impacts de la pollution plastique sur la vie marine.
Le plastique, premier déchet de l’Océan
Parmi tous les déchets présents dans l’Océan, les déchets plastiques sont de plus en plus nombreux1.
≈ 8 millions
de tonnes de plastique arriveraient chaque année dans l’Océan depuis la terre (estimation de 2015, comprise entre 5 et 13 millions de tonnes)2.
Jusqu’à 95 %
des déchets marins sont en plastique dans certaines régions du globe3.
× 275
La production mondiale de plastique est passée de 1,5 million de tonnes en 1950 à près de 414 millions de tonnes en 20234.
Pourquoi une telle explosion ? Parce que le plastique est bon marché, résistant et facile à produire. Mais une grande partie sert à fabriquer des objets à usage unique : on les utilise quelques minutes, alors que le plastique peut persister des centaines d’années.
À l’échelle mondiale, seuls 9 % environ des déchets plastiques sont recyclés5. Le reste est brûlé, mis en décharge… ou se retrouve dans la nature.
Dans l’environnement, le plastique ne disparaît jamais vraiment : il se fragmente en particules de plus en plus petites, à peine visibles. Ces microplastiques sont difficiles à détecter et impossibles à retirer du milieu naturel.
👉 Pour aller plus loin : lire le cours Ocean Campus Microplastiques : tout ce qu’il faut savoir.

Qu’est-ce qu’un déchet aquatique ?
Qu’ils soient en plastique, en verre, en tissu ou en métal, les déchets sont tous issus des activités humaines. Un déchet aquatique se définit comme « tout matériau ou objet fabriqué et utilisé par l’Homme, qui est directement ou indirectement jeté dans les milieux aquatiques »6.
Ces déchets, qu’ils flottent, s’échouent ou reposent au fond, sont solides et persistants. On les classe selon leur taille7 :
Les macro-déchets
plus de 5 mm : bouteilles, sacs, filets, emballages…
Les micro-déchets
moins de 5 mm : fragments, fibres, microbilles…
D’où viennent les déchets aquatiques ?
La majorité des déchets viennent de l’intérieur des terres. Le vent, la pluie et les cours d’eau les transportent jusqu’à l’Océan : chaque année, 1,15 à 2,41 millions de tonnes de plastique s’y déversent par les rivières8.

Plusieurs situations favorisent ce transport :
- lors des orages et fortes pluies, le niveau des rivières monte et emporte les déchets accumulés sur les berges ;
- en traversant champs, zones industrielles et villes, les cours d’eau se chargent d’emballages, de canettes, de mégots… ;
- en ville, les réseaux d’assainissement peuvent déborder et rejeter les eaux usées, et leurs déchets, directement dans la nature.
Une partie des déchets est aussi abandonnée sur les plages ou directement en mer, par la pêche, l’aquaculture et le transport maritime.
👉 Pour aller plus loin : lire le cours Ocean Campus Pollution des océans : origine des déchets aquatiques.
📌 À retenir
- Les déchets aquatiques sont tous d’origine humaine, et en grande majorité en plastique.
- La plupart viennent de la terre et arrivent en mer par les rivières.
- Les fortes pluies et la saturation des réseaux d’eaux usées accélèrent ce transport.
Que deviennent les déchets une fois dans l’Océan ?
Une fois en mer, les déchets ont trois destins possibles9 :
Ils coulent
C’est le cas de la plus grande partie : ils se déposent sur les fonds marins.
Ils flottent
Portés par les courants, ils dérivent parfois sur des milliers de kilomètres.
Ils s’échouent
Une petite partie seulement finit sur nos plages.
Sous l’effet des rayons ultraviolets du soleil, des vagues et des bactéries, le plastique se fragmente en particules de plus en plus fines10.
🔬 Zoom sur… le nombre de particules
En 2014, des scientifiques estimaient que plus de 5 000 milliards de morceaux de plastique flottaient à la surface des océans11. En 2023, la même équipe a révisé ce chiffre à environ 170 000 milliards de particules, principalement des microplastiques12.
Les courants marins jouent le rôle de véritables « autoroutes » pour les déchets. Ils les emportent jusque dans des régions presque sans activité humaine : on retrouve par exemple de grandes quantités de plastique en Arctique.

Un « 7e continent » de déchets ?
Le « 7e continent », aussi appelé Great Pacific Garbage Patch, est une zone d’accumulation de déchets flottants située dans le Pacifique Nord, entre Hawaï et la Californie. Il en existe cinq de ce type dans le monde, au cœur des grands gyres océaniques.
Ce n’est pas une île sur laquelle on pourrait marcher, mais plutôt une « soupe de plastique », faite surtout de petites particules. Le 7e continent contiendrait entre 45 000 et 129 000 tonnes de plastique13.
📌 À retenir
- La plupart des déchets coulent au fond ; une partie flotte et dérive au gré des courants.
- Le plastique se fragmente en microparticules, aujourd’hui estimées à environ 170 000 milliards.
- Les déchets flottants s’accumulent dans cinq grands gyres, dont le « 7e continent ».
Quels impacts sur la vie marine ?
Flottant à la surface, tapissant les fonds ou échoués sur les plages, les déchets plastiques menacent les écosystèmes aquatiques. En 2015, on recensait déjà 693 espèces marines touchées par cette pollution14.
1. L’ingestion
Les déchets sont des « leurres » pour les animaux, qui les confondent avec leurs proies. Les tortues prennent les sacs plastiques pour des méduses : en les avalant, elles risquent l’étouffement ou l’obstruction de leur tube digestif. Les oiseaux marins, eux aussi, confondent le plastique avec leur nourriture.

💡 Le saviez-vous ?
On estime que 90 % des oiseaux de mer ont déjà avalé du plastique. Sans mesures efficaces, ce chiffre pourrait atteindre 99 % d’ici 205015.
2. L’enchevêtrement et les blessures
Poissons, oiseaux, tortues et mammifères marins se prennent dans les déchets : blessures, noyades, impossibilité de se nourrir ou de respirer… Les filets de pêche perdus ou abandonnés continuent de piéger des animaux pendant des années : c’est la pêche fantôme. Le matériel de pêche abandonné ou perdu représenterait 640 000 tonnes de déchets chaque année16.
3. Le transport d’espèces invasives
Mollusques, algues ou microbes se fixent sur les déchets flottants et voyagent avec eux à des milliers de kilomètres de chez eux. Arrivées dans un nouveau milieu, ces espèces invasives peuvent perturber profondément les écosystèmes locaux.
4. La concentration de polluants
Les microplastiques ont la particularité de fixer et d’accumuler des polluants présents dans l’eau. Les animaux qui les avalent ingèrent aussi ces substances toxiques.
5. L’asphyxie des fonds marins
En recouvrant les fonds, les déchets privent de lumière et d’oxygène les organismes qui y vivent.
📌 À retenir
- Des centaines d’espèces marines sont touchées par la pollution plastique.
- Ingestion, enchevêtrement, espèces invasives, polluants, asphyxie des fonds : les impacts sont multiples.
- Les filets perdus continuent de tuer pendant des années : c’est la pêche fantôme.
Testez vos connaissances
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Pourquoi le plastique est-il si présent dans l’Océan ?
Parce que sa production a explosé (près de 414 millions de tonnes en 2023), qu’une grande partie sert à des objets à usage unique, que très peu est recyclé (environ 9 %) et qu’il ne se dégrade pas : il se fragmente.
Par où arrive la majorité des déchets plastiques dans l’Océan ?
Par les rivières, qui transportent les déchets de l’intérieur des terres jusqu’à la mer, surtout lors des fortes pluies.
Que deviennent la plupart des déchets une fois en mer ?
Ils coulent et se déposent sur les fonds marins. Une partie flotte et dérive avec les courants, et seule une petite partie s’échoue sur les plages.
Le « 7e continent » est-il une île de déchets ?
Non. C’est une zone du Pacifique Nord où s’accumulent des déchets flottants, surtout de petites particules : une « soupe de plastique » plutôt qu’une île.
Qu’est-ce que la pêche fantôme ?
Ce sont les filets et engins de pêche perdus ou abandonnés, qui continuent pendant des années de piéger et de tuer poissons, tortues, oiseaux et mammifères marins.
Glossaire
- Déchet aquatique : tout objet ou matériau fabriqué par l’être humain, jeté directement ou indirectement dans un milieu aquatique.
- Espèce invasive : espèce introduite hors de son milieu d’origine, qui s’y multiplie et perturbe l’écosystème local.
- Gyre : immense tourbillon formé par les courants marins de surface, au centre duquel les déchets flottants s’accumulent.
- Microplastique : particule de plastique de moins de 5 mm.
- Pêche fantôme : capture d’animaux marins par des filets et engins de pêche perdus ou abandonnés en mer.
Pour aller plus loin
Sources
- Barnes et al. (2009), « Accumulation and fragmentation of plastic debris in global environments », Philosophical Transactions of the Royal Society B, 364, 1985-1998.
- Jambeck et al. (2015), « Plastic waste inputs from land into the ocean », Science, 347, 768-771.
- Ioakeimidis et al. (2014), « A comparative study of marine litter on the seafloor of coastal areas in the Eastern Mediterranean and Black Seas », Marine Pollution Bulletin, 89, 296-304.
- Plastics Europe (2024), Plastics – the fast Facts 2024.
- OCDE (2022), Global Plastics Outlook.
- Henry (2010), Pollution du milieu marin par les déchets solides : état des connaissances, Ifremer.
- Wright, Thompson et Galloway (2013), « The physical impacts of microplastics on marine organisms: a review », Environmental Pollution, 178, 483-492.
- Lebreton et al. (2017), « River plastic emissions to the world’s oceans », Nature Communications, 8, 15611.
- Galgani, Poitou et Colasse (2013), Une mer propre, mission impossible ? 70 clés pour comprendre les déchets en mer, Éditions Quae.
- Lambert, Sinclair et Boxall (2014), « Occurrence, degradation, and effect of polymer-based materials in the environment », Reviews of Environmental Contamination and Toxicology, 227, 1-53.
- Eriksen et al. (2014), « Plastic pollution in the world’s oceans: more than 5 trillion plastic pieces weighing over 250,000 tons afloat at sea », PLOS ONE, 9(12).
- Eriksen et al. (2023), « A growing plastic smog, now estimated to be over 170 trillion plastic particles afloat in the world’s oceans », PLOS ONE, 18(3).
- Lebreton et al. (2018), « Evidence that the Great Pacific Garbage Patch is rapidly accumulating plastic », Scientific Reports, 8, 4666.
- Gall et Thompson (2015), « The impact of debris on marine life », Marine Pollution Bulletin, 92, 170-179.
- Wilcox, Van Sebille et Hardesty (2015), « Threat of plastic pollution to seabirds is global, pervasive, and increasing », PNAS, 112(38), 11899-11904.
- Macfadyen, Huntington et Cappell (2009), Abandoned, lost or otherwise discarded fishing gear, FAO, n° 523.














