Bouteilles, sacs, mégots, filets… Que sont les déchets aquatiques ? D’où viennent-ils, et comment arrivent-ils jusqu’en mer ? Ce cours vous aide à remonter le chemin de nos déchets, de la rue jusqu’au cœur des océans.
Dans ce cours
⏱ 10 min · Niveau débutant
À la fin de ce cours, vous saurez :
- définir ce qu’est un déchet aquatique ;
- citer les trois grandes origines des déchets présents en mer ;
- expliquer comment les cours d’eau, les vents et les courants transportent les déchets jusqu’aux gyres océaniques.
Qu’est-ce qu’un déchet aquatique ?
Qu’ils soient en plastique, en verre, en tissu ou en métal, les déchets sont tous issus des activités humaines.
Un déchet aquatique est généralement défini comme « tout matériau ou objet fabriqué, utilisé au profit de l’humanité, qui est directement ou indirectement jeté ou abandonné dans les milieux aquatiques ».
Ces déchets peuvent flotter, s’échouer sur les plages ou couler au fond. Ils sont solides et persistants : ils mettent des années, parfois des siècles, à se dégrader.
💡 Le saviez-vous ?
Les éléments d’origine naturelle, comme les branches d’arbres, les algues ou les carcasses d’animaux, ne sont pas considérés comme des déchets : ils font partie du fonctionnement normal de l’écosystème.
On classe aussi les déchets selon leur taille :
Les macro-déchets
Les déchets visibles à l’œil nu : bouteilles, sacs, emballages, filets de pêche… On parle de macro-déchets.
Les micro-déchets
Les fragments de moins de 5 mm, souvent issus de la dégradation des gros déchets. Les plus connus sont les microplastiques.

D’où viennent les déchets ?
Pour donner un ordre de grandeur, Surfrider Foundation Europe estime que les déchets présents dans l’Océan ont trois grandes origines :
80 %
viennent de l’intérieur des terres. Abandonnés au bord des routes, dans les rues ou dans des décharges sauvages, ils sont surtout transportés par les cours d’eau.
10 %
sont abandonnés sur le littoral par les usagers des plages, des berges et des infrastructures côtières.
10 %
sont rejetés directement en mer par le transport maritime, la pêche et les activités nautiques.

1. Les déchets de l’intérieur des terres
C’est de loin la principale source : la grande majorité des déchets retrouvés en mer ont été jetés ou perdus loin des côtes, puis transportés par l’eau et le vent (voir la partie suivante).
2. Les déchets abandonnés sur le littoral
Selon le ministère de l’Environnement, un usager de plage produit en moyenne un litre de déchets par jour. Ceux qui ne finissent pas à la poubelle peuvent être emportés par la marée ou le vent.
3. Les déchets rejetés en mer
Les usagers de la mer (pêcheurs, plaisanciers, pratiquants de sports nautiques…) peuvent aussi générer des pollutions. Et comme environ 80 % du commerce mondial (en volume) se fait par bateau, on retrouve fréquemment des déchets près des grandes voies de navigation.
👉 Pour aller plus loin : lire le cours Ocean Campus sur l’impact du transport maritime sur nos océans.
📌 À retenir
- Tous les déchets aquatiques sont issus des activités humaines.
- Environ 80 % des déchets en mer viennent de l’intérieur des terres.
- Le reste est abandonné sur le littoral ou rejeté directement en mer.
Comment les déchets voyagent-ils jusqu’à la mer ?
Un mégot jeté dans le caniveau d’une ville peut-il finir dans l’Océan ? Oui ! Voici comment.
En ville
Les déchets jetés dans la rue sont entraînés par la pluie dans les réseaux d’eaux pluviales et d’eaux usées, qui se jettent dans les rivières… puis dans la mer.
Dans la nature
Lors de fortes pluies, papiers gras, emballages, mégots, bouteilles ou canettes sont emportés par le ruissellement et les vents vers les cours d’eau.

Trois grands « transporteurs » acheminent ensuite les déchets :
1. Les cours d’eau
Les rivières sont l’une des principales voies d’arrivée des déchets en mer. En traversant terres agricoles, zones industrielles et villes, elles drainent de nombreux déchets.
La pluie joue un rôle clé :
- les crues emportent les déchets accumulés sur les berges ;
- l’augmentation du débit peut saturer les réseaux d’assainissement, qui débordent alors sans filtrer les déchets.

2. Les vents
Le vent emporte surtout les déchets légers, comme les sacs plastique ou le polystyrène, vers les cours d’eau et le littoral. En mer, il agit sur les courants de surface et fait dériver les objets flottants.
3. Les courants marins
Les courants jouent un rôle crucial dans le transport et la répartition des déchets à l’échelle de la planète. Ce sont de véritables « autoroutes » pour les déchets, qui peuvent ainsi se retrouver dans des zones où il n’y a pas ou très peu d’activité humaine.
👉 Pour aller plus loin : lire le cours Ocean Campus sur les courants marins.
🔬 Zoom sur… les quantités
Selon une étude publiée dans la revue Science (Borrelle et al., 2020), 19 à 23 millions de tonnes de plastique ont rejoint les rivières, les lacs et les océans du monde en 2016. Sans action forte, ce chiffre pourrait plus que doubler d’ici 2030.
📌 À retenir
- Un déchet jeté en ville ou dans la nature peut finir en mer.
- Les cours d’eau, les vents et les courants marins sont les trois grands vecteurs des déchets.
- Les fortes pluies accélèrent ce transport.
Les gyres et les « continents de plastique »
Qu’est-ce qu’un gyre ?
Les gyres sont d’immenses tourbillons formés par les courants marins de surface, sous l’effet des vents et de la rotation de la Terre (force de Coriolis). Ils tournent :
- dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère Nord ;
- dans le sens inverse dans l’hémisphère Sud.
Au centre de ces tourbillons, les eaux sont calmes : les déchets flottants y sont piégés et s’accumulent au fil des années.
On compte cinq grands gyres dans le monde :
- Pacifique Nord ;
- Pacifique Sud ;
- Atlantique Nord ;
- Atlantique Sud ;
- océan Indien.

Le « 7e continent »
La plus grande zone d’accumulation se trouve dans le Pacifique Nord, entre Hawaï et la Californie. Surnommée « 7e continent », elle s’étendrait sur environ 1,6 million de km², soit près de trois fois la France, et contiendrait autour de 80 000 tonnes de plastique (The Ocean Cleanup, 2018).
💡 Le saviez-vous ?
Malgré son nom, le « 7e continent » n’est pas une île de déchets sur laquelle on pourrait marcher ! C’est plutôt une « soupe » de plastique : une multitude de fragments, dont beaucoup de microplastiques, dispersés dans les premiers mètres de l’eau. C’est pourquoi il est si difficile de le voir… et de le nettoyer.
📌 À retenir
- Les gyres sont de grands tourbillons océaniques qui piègent les déchets flottants.
- Il en existe cinq dans le monde.
- Le plus grand, dans le Pacifique Nord, forme le « 7e continent », une soupe de plastique plus qu’une île.
Testez vos connaissances
Réfléchissez à votre réponse, puis cliquez sur la question pour vérifier.
Une branche d’arbre flottant dans la mer est-elle un déchet aquatique ?
Non. Les éléments d’origine naturelle (bois, algues, carcasses d’animaux) font partie du fonctionnement normal de l’écosystème. Seuls les objets fabriqués par l’être humain sont des déchets aquatiques.
D’où vient la majorité des déchets retrouvés en mer ?
De l’intérieur des terres : environ 80 % des déchets en mer y ont été jetés ou perdus, puis transportés jusqu’à l’Océan.
Comment un mégot jeté dans un caniveau peut-il arriver dans l’Océan ?
La pluie l’entraîne dans les réseaux d’eaux pluviales, qui se déversent dans les rivières. Les rivières l’acheminent ensuite jusqu’à la mer.
Citez les trois grands vecteurs de transport des déchets.
Les cours d’eau, les vents et les courants marins.
Qu’est-ce qu’un gyre, et pourquoi les déchets s’y accumulent-ils ?
C’est un immense tourbillon formé par les courants marins de surface. Au centre, les eaux sont calmes : les déchets flottants y restent piégés et s’accumulent.
Glossaire
- Déchet aquatique : tout objet ou matériau fabriqué par l’être humain, jeté ou abandonné, directement ou indirectement, dans un milieu aquatique (rivière, lac, mer).
- Force de Coriolis : effet dû à la rotation de la Terre, qui dévie les mouvements de l’air et de l’eau vers la droite dans l’hémisphère Nord et vers la gauche dans l’hémisphère Sud.
- Gyre : immense tourbillon formé par les courants marins de surface, au centre duquel les déchets flottants s’accumulent.
- Macro-déchet : déchet visible à l’œil nu (bouteille, sac, filet…).
- Microplastique : fragment de plastique de moins de 5 mm, souvent issu de la dégradation de plus gros déchets.
- Réseau d’eaux pluviales : ensemble des canalisations qui collectent l’eau de pluie des rues (caniveaux, grilles, égouts) et la rejettent vers les rivières ou la mer.
Pour aller plus loin
Sources
- Borrelle et al. (2020), « Predicted growth in plastic waste exceeds efforts to mitigate plastic pollution », Science
- Lebreton et al. (2018), « Evidence that the Great Pacific Garbage Patch is rapidly accumulating plastic », Scientific Reports
- CNUCED, Étude sur les transports maritimes
- Infographies et campagne : Surfrider Foundation Europe














